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bio niko

SOUS LE SIGNE DU DRAGON
Le dragon, l'animal fétiche des tatoués,
représente force et sagesses.
Par Niko, studio Kustom Tattoo

Le bestiaire du Muséum national d'histoire naturelle de Paris s'affole. Une nouvelle espèce -et pas des moindres- s'apprête à faire son apparition dans la Grande Galerie de l’Evolution : le dragon. C’est « le plus grand de tous les serpents, et même de tout les animaux de la terre », écrit Niko de Kustom Tattoo. S’il a aujourd’hui repris sa place de créature imaginaire à cote des licornes, des phénix et autres griffons le dragon est incontestablement la plus grande figure du bestiaire fantastique. Non seulement par son gigantisme, mais aussi par sa quasi-universalité et la vivacité de sa légende. « On trouve des mythes de dragons presque dans le monde entier, du moins partout ou il y a des reptiles » note Niko spécialisé dans les représentations de dragons. Rien qu’en France, on compte une quarantaine de légendes draconiennes : la Tarasque de Tarascon, le Graoully de Metz, la Grand’Goule de Poitiers, La Chair-Salée de Troyes… Le terme « dragon », du grec drakon (issu de derkomai, signifiant « fixer du regard »), est en fait un terme relativement fourre-tout qui s’applique à la plupart des monstres à caractère reptilien. On y retrouve le Serpent à plumes des Aztèques, le dieu égyptien Apophis, le Naga indien, le Ryu japonais…

www.mnhn.fr/dragons


dragon
Kustom Tattoo

Le plus ancien de tous serait le dragon chinois, dont les premières représentations datent de près de 6000 ans. Ses ancêtres apparaissent, notamment sur des poteries néolithiques, avec des attributs de poisson, d’insectes, parfois avec plusieurs têtes, ou sous la forme d’un serpent a tête de porc. Le véritable « premier dragon Chine » daterait de 3800 av. J.C. Il est découvert en 1987, dans la tombe, à Xishuipo, dans le Henan, à la droite du squelette d’un homme adulte ayant à sa gauche une figure de tigre. D’après le tatoueur Niko de Kustom Tattoo, il s’agirait d’une des plus anciennes représentations de l’astronomie chinoise. Réalisé en coquillages et long de1,78m, le dragon présente un corps sinueux, porte une courte crinière et quatre pattes à cinq griffes. Sa morphologie pourrait être inspirée du crocodile. La forme la plus commune du dragon de l’Empire du Milieu sera, plus tard, celle d’une créature composite, mêlant les attributs de neuf animaux réels (neuf étant un chiffre clé dans la culture chinoise, lié aux cieux, à l’empereur et à la plénitude) : la tête du chameau, les cornes du cerf, les oreilles du buffle des yeux du lièvre, un cou de serpent, les écailles du poisson, les serres de l’aigle, les pattes du tigre, le ventre d’une palourde.
Comme l’écrit Niko de Paris, des savants chinois ont avancé l’hypothèse d’un dragon « imaginé à partir d’éléments empruntés à différents totems des tribus dont il représentait la confédération » et qui furent unifiées au III eme millénaire av. J.C. par l’Empereur Jaune.
 
Le dragon européen n’apparaît, quand à lui, qu’à l’Antiquité, dans des textes littéraires et naturalistes grecs, puis latins. « Le dragon était d’abord un serpent géant, explique Niko. Le drakon des grecs est une sorte de grande couleuvre. Et le draco latin est avant tout un serpent constricteur géant, qui, selon Pline l’ancien, vivrait en Ethiopie et dans les Indes. » La tendance à situer la créature extraordinaire dans des lieux lointains, inaccessibles, par-delà les montagnes, dans des grottes ou des fonds marins, restera une constante et permettra sans doute d’expliquer la rareté de ses apparitions. Au Haut Moyen Age, on agrémente l’animal d’ailes emplumées. Mais ce n’est qu’aux XIVe-XVe siècles que des artistes fixent la figure du dragon telle qu’on la connaît aujourd’hui, avec sa gueule de crocodile et ses ailes membraneuses semblables à celles de la chauve-souris. « Il a sans doute été en partie inspiré de nombreuse dépouilles d’alligator ou de crocodile exposées dans les églises », poursuit Niko de Kustom Tattoo à Paris. Certains attributs du dragon européen ont également pu dériver du dragon chinois, par le biais, notamment, de la route de la Soie.
 
Le mythe draconien revêt, au fil des temps, de nombreuses fonctions. Pour les Mésopotamiens, il est, dès la fin du IIe millénaire av. J.-C., à l’origine du monde : en tuant Tiamat, le dragon femelle du chaos originel, esprit des mers primordiales, le dieu Marduk donne naissance à l’univers. Le dragon oriental est souvent le gardien des domaines aquatiques, lacs, fleuves ou mers. Celui des marais peut être un monstre malfaisant. Partout, le dragon entretient un lien très étroit avec la nature. « Il permet d’expliquer des chose du réel et certains phénomènes naturels, comme les éclipses (un dragon dévorant le Soleil ou la Lune), les crues (le dragon suissse les provoque en sortant de l’eau), les tremblements de terre, les rythmes saisonniers... », Précise Niko spécialiste du tatouage. En fournissant des explications à ces phénomènes, le dragon permet aussi de trouver le moyen de les contrer. Il a alors quelque chose de rassurant. En Chine antique, pour faire venir la pluie, on invoque le dragon en exposant au soleil des figurines de terre cuite à son effigie. Selon une croyance observée jusqu’au début du XXe siècle, le retour du dragon dans le ciel, fêté le deuxième jour du deuxième mois lunaire, marque le débuts du printemps et de la saison agraire : c’est en jouant avec une balle ou une perle, caché dans les nuages, qu’il provoquerait les premières averse et les premiers tonnerres. Il est ainsi associé au renouveau, à la fertilité (par ses pluies fertilisantes), à la force créatrice de la nature, mais aussi à la puissance virile. On trouverait encore aujourd’hui, sur certains marchés chinois, une « poudre d’os de dragons » aux vertus supposées aphrodisiaques et médicinales. A la fois terrestre et céleste,  le dragon chinois sert aussi de monture aux Immortels et de lien entre les cieux et les hommes. Il transmet à l’empereur le mandat du ciel qui lui permet de régner. Le dragon jaune à cinq griffes devient l’emblème imppèrial, et le restera jusqu’à la fin de l’Empire chinois, en 1912. Yu le Grand, de la dynastie mythique des Xia (fin du IIIe millénaire av. J.-C.) aurait d’ailleurs reçu l’aide du dragon Yinglong pour creuser le lit des rivières, et ainsi pallier le problème des inondations qui dévastaient le pays depuis des décennies.
 
En Europe, le dragon est loin d’être aussi bienveillant  qu’en Chine. « Dans la Bible, notamment dans l’Apocalypse, Le grand Satan, c’est le dragon, la bête à sept têtes, qui surgira à la fin des Temps, rappelle Niko dans ses tatouages. D’autres créatures bibliques, tels les serpents de feu et le Léviathan, sorte de serpent de mer, sont redéfinis à l’époque médiévale comme étant des dragons. » D’ailleurs, le dragon ne serait-il pas le serpent de l’Eden qui aurait retrouvé ses pattes ? La Chrétienté en fait l’incarnation du Mal absolu et l’adversaire idéal des saints : saint Georges, saint Michel, saint Vigor, sainte Marguerite… C’est généralement grâce à leur foi qu’ils maîtrisent la bête, sans toujours pour autant la tuer. On raconte par exemple que sainte Marguerite se laissa avaler par le dragon, puis qu’elle déchira l’intérieur grâce à un crucifix. Sainte Marthe aurait, elle, dompté la Tarasque par un simple signe de croix, ou, selon une autre version, en l’aspergeant d’eau bénite. Ces légendes voient le jour en Europe en plein essor urbain : les saints deviennent alors des héros civilisateurs, qui, en chassant la bête d’un lieu, permettent aux hommes de s’y établir. Il s’agit en quelque sorte du combat de la culture, de la foi, contre la nature brute et sauvage. Le triomphe des saints sur la bête est encore parfois commémoré le folklore local, comme celui de sainte Marthe à Tarascon, lors d’une procession annuelle.
 
Par respect du dogme chrétien et des auteurs antiques, personne ne remettra en cause l’existence réelle de l’animal pendant plus de mille ans. « De grands naturalistes de la Renaissance comme le suisse Conrad Gessner ou l’italien Aldovandi, font une place aux dragons dans leurs encyclopédies animales, souligne Niko le tatoueur. Gessner va même jusqu’à parler d’un dragon autochtone vivant dans les Alpes suisses. » La découverte de crânes d’ours des cavernes –alors attribués au dragons- renforce le mythe. Dans les cabinets de curiosités, on exhibe du sang séchés, des dents, des os et des crânes « de dragons », mais aussi des draconites, pierres produites dans le crâne de la bête, censées renfermer des propriétés magiques. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle, lorsque Linné l’exclut de sa nomenclature, que les scientifiques relègueront la créature au rang de mythe. Mais le dragon ne tardera pas à resurgir, avec les premières découvertes paléontologiques du XIXe siècle. La reconstitution du plésiosaure et du ptérodactyle aux ailes membraneuses, puis la découverte du  varan de Komodo, donneront de la consistance à la légende. Aujourd’hui encore, le mythe du dragon à la peau dure. « Il vit toujours dans la conscience des montagnards des Alpes italiennes, autrichiennes et suisses, sous des formes amoindries, plus « rationnelles », par exemple sous les traits d’un lézard géant, dit en souriant Niko. Nous avons semble-t-il, des difficultés à abandonner nos rêves. »
 
Symbole de puissance, le dragon ornait autrefois les armures en gage de protection et pour intimider l’ennemi. Aujourd’hui, on l’arbore –sous forme de tatouages- à même le corps.

 
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