Tatoueur Paris, Niko specialiste du tatouage à Paris tattoo tous style de dessin tatouage


FR

UK

L’histoire du tatouage est très difficile à retracer, car même s’il s’agit d’une pratique ancestrale, on ne peut pas encore la situer avec exactitude dans le temps.

Le mot  » tatouage  » nous vient directement de ces lointaines îles du Pacifique que Bougainville – à Tahiti en 1768 – baptisa Nouvelle Cythère… le paradis terrestre. Le tatau, pratique rituelle, marquait la peau de quasiment tous ces peuples aux mœurs fascinantes et bardées de tabous.
Les colons envoyèrent leurs missionnaires à Tahiti et bannirent les pratiques tribales, dont le tatouage. Ils effacèrent ainsi un passé millénaire aux origines situées en Asie du Sud-Est. On retrouve d’ailleurs, et encore de nos jours, des traditions de tatouage chez un grand nombre d’ethnies asiatiques. Le tatouage aurait-il alors vu le jour en Asie pour rejoindre l’Occident à bord des navires explorateurs du XVIIIe siècle ? NON !
D’après Darwin, aucune société n’aurait été étrangère au tatouage, et bon nombre d’évidences archéologiques et anthropologiques le prouvent. Sur toute la planète et depuis toujours, les hommes se sont tatoués. Parfois, les inscriptions sous-cutanées tenaient lieu de pratique thérapeutique, parfois elles témoignaient du prestige d’un individu au sein de sa société, ou encore de son origine géographique. Souvent lié aux rites de passage à l’âge adulte, le tatouage symbolise l’endurance, le courage et les étapes de la vie. Magique, il protège comme un talisman.
Adopté par les marins et les prostituées au XVIIIe siècle, puis par les taulards et motards occidentaux au XXe siècle, il sera considéré comme une marque de décadence. Alors que le tatouage représentait autrefois l’appartenance fondamentale à une société et à une culture, il a sombré jusqu’à devenir un des attributs type de l’anti-social. Étrange destin d’une tradition millénaire et universelle qui ne voit son blason redoré que depuis une dizaine d’années…Ötzi, l’homme des glaces
À Bolzano, dans la province autonome italienne du Sud Tyrol, un musée archéologique accueille des milliers de personnes chaque année. Dans sa boutique de souvenirs, on trouve une multitude d’objets, tous à la même effigie : la célèbre momie Ötzi.
Ötzi était âgé d’environ cinquante ans. Il a été trouvé le 19 septembre 1991 à 3 213 m d’altitude dans les Alpes près de l’Autriche, à l’endroit précis où il s’était effondré 5 300 ans plus tôt.
Sur son corps, seize tatouages constellés d’une cinquantaine de traits, placés à quelques millimètres de points d’acupunctures connus, semblent indiquer que la société de l’époque d’Ötzi pratiquait le tatouage thérapeutique.Les maîtres de la steppe
Pendant près de mille ans (du IXe au IIIe siècle av. J.-C.), les Scythes ont occupé l’immense steppe qui s’étend entre l’Altaï et le nord de la mer Noire et diffusé partout leur culture originale.
En 1947, un archéologue fait une grande découverte dans le nord-est de la Sibérie : le site de Pazyryk aux 1 929 tombes scythes datant du Ve au IIIe siècle avant notre ère. Les momies portent de grands tatouages très complexes sur tout le corps, représentant des animaux fabuleux.
Peuple de tradition orale, les Scythes ignoraient l’écriture : leur civilisation ne fut longtemps connue qu’au travers des récits d’Hérodote. Des  » barbares  » donc, cultivateurs de cannabis de surcroît, mais qui furent toutefois maîtres de toute l’Asie pendant vingt ans et qui poussèrent leurs conquêtes jusqu’en Égypte…Égypte : 4 000 ans de tradition
Ameut, prêtresse de Thèbes de la XIe dynastie (- 2 134 à – 2 040), n’a pas attendu les Scythes pour se faire tatouer. Les hiéroglyphes de sa tombe expliquaient qu’elle avait de son vivant consacré son existence au culte de Hathor, la déesse à tête de vache. Une fois tombées les bandelettes, le Docteur Fouquets – scientifique chargé de  » développer  » la momie en 1891 – découvre des traces de scarification ainsi que des lignes bleues sur son ventre.
Troublante chose pour le Docteur Fouquets, qui constate des similitudes entre les tatouages de cette jeune femme de 4 000 ans et ceux de ses patients égyptiens vivants. Pour lui, ces marques sous-cutanées de traits et de points isolés ou combinés ont une origine médicale. Il rend son diagnostic et constate que 4 000 ans plus tard, le tatouage égyptien reste inchangé !Aux quatre coins du globe…
Platon, Aristophane, Jules César, Hérodote, tous mentionnent avoir rencontré des peuples tatoués. Les Grecs, eux-mêmes, sont instruits au tatouage par les Persans. En ce qui concerne les Celtes, les opinions divergent. Cependant, l’idée n’est pas aberrante quand on sait qu’Ötzi était tatoué et que le berceau de la civilisation celte se trouve à Hallstatt dans le Tyrol allemand.
Sur le continent américain, les traces de tatouages incas remonteraient au XIe siècle, tandis qu’au Mexique et en Amérique centrale, des contes espagnols du XVIe parlent de marques de courage sous-cutanées chez les Mayas. En Amérique du Nord, les plus valeureux guerriers Chickasaw étaient bardés de tatouages. Les Iroquois, quant à eux, se tatouaient pour refléter leur rang dans la société.
Même au pays du soleil levant, les  » dogu « , petites figurines en céramique de la période Jomon (de 10 000 à 300 ans av. J.-C.), présentent d’étranges incisions au niveau du visage. Des millénaires plus tard, des inscriptions semblables marquaient le visage des femmes Ainu.

Hérodote avait beau trouver quelques raisons de respecter les Scythes, ses contemporains ne les prenaient pas moins pour des sauvages. Peu à peu, les sociétés  » civilisées  » associent tatouage et barbarisme. C’est bon pour les sauvages !
Du temps d’Ameut, prêtresse tatouée, Nubiens et Libyens se pressent aux frontières de l’empire égyptien. Ils ne connaissent pas l’écriture et conservent le tatouage comme mode de communication. L’Égypte snobe alors le tatouage comme elle snobe les barbares, et la coutume se marginalise jusqu’à devenir une marque d’esclavage… ou de débauche : musiciennes, danseuses et concubines étaient placées sous la protection du dieu Bès, un nain difforme coiffé de plumes d’autruches. Elles en portaient l’effigie tatouée sur le haut de la cuisse.Interdiction divine
Les choses se corsent lorsque Dieu s’en mêle. La théocratie juive ouvre les hostilités en bannissant les incisions cutanées. Les missionnaires chrétiens prennent la relève. En Occident, tout d’abord, puis dans les colonies où ils brandissent une justification théologique à cette interdiction : l’homme, créé à l’image de Dieu, lui ferait injure en modifiant son apparence.
Le Coran ne comporte qu’un passage vague sur le sujet, mais pour ses commentateurs, le tatouage est une marque satanique. Indélébile, il invalide l’ablution obligatoire qui précède toute prière.
L’orthodoxie religieuse n’influencera toutefois que les classes supérieures. La tradition ne s’est d’ailleurs jamais perdue chez les Coptes d’Égypte : l’incision d’une petite croix au poignet permet encore aujourd’hui d’attester discrètement de son christianisme.
Mais la plupart du temps, lorsque le tatouage subsiste, son discours se brouille et se rend disponible à toutes les interprétations. Ainsi, d’anciens tatouages nubiens ou berbères deviennent tantôt une croix chrétienne, tantôt un insigne de prostituée. Sur la peau d’une musulmane, le lion nubien symbolisera le lion à l’épée, tandis que sur une chrétienne, il incarnera le lion de Saint-Marc.Pas assez distingué pour les Japonais !
Aux alentours du VIIe siècle, les Japonais désavouent le tatouage et l’utilisent en tant que châtiment : le tatoué était banni et ne pouvait plus avoir de vie sociale. Le procédé ne cesse cependant d’exister et connaît une renaissance spectaculaire durant la période d’Edo (ancien nom de Tokyo, entre 1600 et 1868). Lorsque s’écroule le système féodal (Restauration Meiji, 1868-1912), le Japon s’ouvre au monde et tente d’accéder au rang des grandes nations. Le pouvoir établit alors certaines règles dans le but de prouver le niveau de civilisation et de sophistication du pays. Évidemment, en 1872, le tatouage se voit une nouvelle fois interdit, même pour les populations indigènes, telles que les Ainu et les Ryukyu, pour lesquelles il constituait un rite ancestral.La mauvaise réputation
Dans son  » Code Noir  » (1685), l’État français fait marquer les fugitifs d’une fleur de lys pour qu’ils soient désormais  » chose de l’État lui-même « . Milady de Winter, la fourbe dame des Trois Mousquetaires, arborait sur l’épaule la fleur de l’infamie.
Avec l’utilisation du marquage au fer rouge par les esclavagistes et la numérotation cutanée des déportés de la Seconde Guerre mondiale, il devient encore plus difficile de dissocier le tatouage de son aura de morbidité et d’endurcissement. Le marquage au fer rouge est surtout observé dans les casernes et les prisons.
En bien des cas, le tatouage inscrit sur la peau la volonté de rompre  » une fois pour toutes  » avec la société. On pense aux trois points entre le pouce et l’index ( » mort au vache « ) ou aux quatre points en carré au poignet ( » une personne entre quatre murs « ).Tandis que la  » civilisation  » avance et que la jeunesse se tourne vers le mode de vie occidental, ne restent guère que les anciens pour porter gravé dans la peau ce témoignage d’un monde révolu. Voici quelques vestiges de cette symbolique en voie de disparition, cueillis aux quatre coins du monde.
Un point sur le visage pour chaque baleine abattue
Originaires d’Asie, les Inuits peuplent aujourd’hui les régions arctiques de l’Amérique et du Groenland. Face à la nature indomptable de ces régions inhospitalières, ils développèrent une religion animiste complexe.
Les femmes se tatouaient pour faire perdurer les traditions de fertilité, tandis que les hommes, chasseurs et pêcheurs, méritaient leur tatouage en fonction du nombre de prises. Chaque baleine abattue leur valait un point sur le visage : plus un homme arborait de points, plus il avait contribué à la survie du groupe et donc gagné en prestige.
De nos jours, cette tradition a presque disparu. Parmi la population inuit Yupiget de l’île Saint Lawrence (mer de Béring), il ne reste plus qu’une dizaine de tatoués, tous âgés de plus de 80 ans.Le tatau, c’est tapu !
Aux îles Marquises, le tuhuna (tatoueur) était un artisan respecté. Il devait passer par un long apprentissage avant d’exercer sa fonction. Le tatouage définissait le statut social d’un individu et prouvait sa résistance à la douleur. De ce fait, les tatouages les plus conséquents s’admiraient sur le corps des chefs et des guerriers.
Le tatau était entouré d’un certain nombre de tabous (tapu), qui compliquaient un peu les choses : les femmes étaient obligées de se tatouer les mains dès l’âge de 12 ans, sans quoi il leur était interdit de préparer le popoi (pâte à base de fruits fermentés). Un homme tatoué ne pouvait pas manger avec une femme. Et un homme au tatouage complet ne partageait pas son repas avec un homme au tatouage partiel.
Interdit par l’Église, la dernière génération de tatoués s’éteignit dans les années 1930. Depuis les années quatre-vingt, le tatouage marquisien connaît une nette renaissance. Mais trois siècles de tabous chrétiens auront eu la peau des tapus océaniens.Une affaire de femmes
En Inde, les Rabaris de la province de Kutch font partie des peuples les plus tatoués d’Asie. Traditionnellement, le tatouage est une affaire de femmes. Munies d’une longue aiguille et à l’aide de motifs compliqués, les femmes rabaris se protègent contre le mauvais œil et racontent leur vie : celle de chameliers nomades du désert Gudjarati. Les mères tatouent parfois leurs filles dès l’âge de trois ans, car une femme sans tatou ne saurait attirer un mari. Il y a une trentaine d’années, la machine à tatouer a remplacé les aiguilles. Des tatoueurs ambulants ont repris le rôle qui autrefois incombait aux femmes. Mais leur méconnaissance de la symbolique rabaris entraîne une dégradation de la tradition, qui disparaît peu à peu au nom du progrès et de la modernité. Plus de culotte !
Le tatouage thaï* peut occuper toute la surface du corps, mais se sépare en deux parties au niveau de la taille : celle du haut, vouée à la sphère individuelle, et celle du bas, vouée à la sphère publique. Cette dernière, étalée entre les genoux et le nombril, fut surnommée  » tatouage culotte  » par les premiers observateurs étrangers.
Composé de plusieurs exemplaires d’un même motif animalier, le  » tatouage culotte  » était une obligation sociale pour les hommes thaïs jusqu’au milieu du siècle dernier. Il signifiait avant tout le passage à l’âge adulte, mais indiquait aussi l’origine territoriale et pouvait avoir des fonctions protectrices.
Si le tatouage de la partie supérieure du corps est encore courant, le  » tatouage culotte  » n’est plus réalisé aujourd’hui car la pratique est considérée comme une marque du passé. Dans les communautés Lü du Nord Laos et celles de la région de Chiang Krong (Thaïlande), seuls les hommes de plus de cinquante ans arborent encore la fameuse culotte.
* » Thaï  » désigne un ensemble de peuples, disséminés entre la Chine, la Birmanie, le Laos et la Thaïlande et unis par la pratique d’une même langue.  » Thaïlandais  » désigne la population de Thaïlande, toutes ethnies confondues.Honni et frappé d’interdit – au même titre que bon nombre de coutumes immémoriales -, le tatouage incarnera pour certains peuples la lutte contre l’extinction de leur identité culturelle. Pour d’autres, il devient un signe d’appartenance à un courant d’idées contestataires, l’emblème d’une fratrie de sang et d’encre contre les oppresseurs de ce monde.Kawthoolei, le pays des Karens
Marco Polo, dans ses récits, raconte que les hommes du Myanmar (le  » pays merveilleux « , rebaptisé Birmanie par les colons) se tatouent sur tout le corps. Le tatouage accompagne les périodes difficiles de la vie : puberté, maternité, maladie ou deuil. C’est justement en cette ère bien difficile pour le peuple Karen (8 % de la population birmane) qu’un tatouage particulier s’est érigé en symbole de lutte désespérée.
Kawthoolei est le nom que donnent les Karens à un État qu’ils rêvent à nouveau indépendant au sud-est de la Birmanie. Trahis par les Britanniques qui leur promettaient l’indépendance, et auprès desquels ils s’étaient engagés lors de la Seconde Guerre mondiale, les Karens subissent désormais une persécution acharnée, ponctuée de fréquents massacres, de la part des autorités birmanes.
Au pays merveilleux, l’avenir des Karens paraît bien sombre. Après des années de guérillas, les recrues de plus en plus jeunes transforment cette lutte armée en guerre d’enfants. Ne leur reste plus, dans leur déroute, que l’espoir de voir un jour Aung San Suu Kyi accéder au pouvoir – et un tatouage talisman né de l’oppression : une divinité gravée en travers du cœur pour se protéger des balles.Suikoden ou la lutte des classes
Au Japon, pendant la période d’Edo (1600-1868), la popularité du tatouage s’étend à la suite de la traduction du best-seller chinois Suikoden. Le roman conte les aventures de 108 hors-la-loi largement tatoués qui défièrent les dirigeants chinois corrompus entre 1117 et 1121. Il devient un symbole de la résistance au régime Tokugawa. La version japonaise de Suikoden fut illustrée par une grande variété d’artistes. Les tatoueurs se servirent de ces illustrations pour graver la révolte dans la peau des opprimés.
La population, lasse des interdits suffocants auxquels elle est soumise par le pouvoir en place, se révolte contre la classe privilégiée. Les gens simples n’avaient pas le droit de porter des habits trop chatoyants ! Qu’à cela ne tienne : ils se couvrirent le corps de somptueux tattoos. Le gouvernement de Tokugawa tenta bien d’endiguer le spectaculaire engouement que manifestèrent ses sujets à l’égard du tatouage, mais rien n’y fit.Agzdur : la souffrance indélébile
À l’intérieur d’un espace africain compris entre l’océan Atlantique, la Méditerranée et le tropique du Cancer, vivent les Imazighen,  » les hommes libres  » – plus connus sous le nom des Berbères. Agriculteurs et pasteurs nomades, unis par l’utilisation d’une même langue, le peuple berbère n’a pas toujours été si libre que ça.
Le tatouage avait autrefois des fonctions esthétiques, il identifiait l’origine tribale des femmes ou conjurait le mauvais sort. Sous le joug de l’envahisseur français, il devint subitement le symbole de la souffrance et de la résistance du peuple opprimé. Agzdur, dans le dictionnaire des parlers du Maroc central de Taïfi Miloud, signifie :  » fait de se lacérer les joues en se lamentant, signe de deuil chez les femmes « .
La femme berbère se tatouait le menton d’une oreille à l’autre, restituant ainsi sur son propre visage la barbe de l’époux disparu. Celle qui assistait à l’emprisonnement de son homme, traçait sur ses poignets l’image des menottes qui humiliaient son conjoint. Réduites à servir de porteuses ou de cuisinières auprès des bataillons français, les femmes se gravaient des chaînes aux chevilles, extériorisant ainsi leur refus de se soumettre.Dès le XVIIIe siècle, les marins au long cours, les soldats des corps expéditionnaires, les voyageurs – bref, tous ceux qui entraient en contact avec des sociétés primitives – s’approprient le tatouage et portent ce stigmate de l’exclusion comme un défi, ou pour intégrer des communautés étrangères. À l’heure où le voyage se démocratise et où les codes sociaux explosent, nombreux sont ceux qui adoptent le tatouage pour attester de leur besoin de communiquer, de leur idéalisme et de leur ouverture d’esprit. Non moins dans le but d’entrer, une fois pour toutes, dans la grande famille internationale des tatoués.Baptême de sang et d’encre
Du XVIe au XVIIIe siècle, la pratique quasi-généralisée du tatouage chez les nations amérindiennes fascine fortement les Français. Pour les Amérindiens, il était esthétique sur le corps d’une femme, signe de bravoure sur le corps d’un homme et permettait d’établir un statut social.
Au XVIIIe siècle, en Louisiane, un officier de l’armée française du nom de Jean-Bernard Bossu fut adopté par la nation Akanças à la suite d’un acte de bravoure : on lui tatoue un chevreuil sur la cuisse. À la même époque, de nombreux Canadiens portent sur le corps  » la figure de quelque plante ou animal « , car le tatouage facilitait les rapports, notamment commerciaux, avec les Amérindiens. L’Européen se faisait donc tatouer pour intégrer le corps social autochtone. L’Amérindien, quant à lui, se soumettait au baptême pour entrer dans la communauté des Chrétiens.

La culture dans la peau
Au début du XIXe siècle aux îles Marquises, l’Église interdit les décors corporels et éradique tout ce qui représente la culture marquisienne. La dernière génération de tatoués s’éteindra dans les années 1930. On avait cru les îles totalement acculturées et les motifs du tatouage traditionnel perdus à jamais… À tort ! Dans les années soixante-dix, sous l’impulsion d’un religieux catholique, les habitants se lancent à la recherche de leurs racines.
Mais où retrouver les dessins non consignés par cette société de tradition orale ? En Occident ! Des savants et des collectionneurs les ont rapportés et parfois publiés. C’est là que les Marquisiens viennent les rechercher depuis les années 1980.

Aristo tattoo
En 1872, l’empereur Matsuhito interdit le tatouage de peur de heurter la sensibilité des autres nations. Ironiquement, ce furent les étrangers, et non des moindres, qui montrèrent le plus d’intérêt pour le tatouage japonais. Dix ans plus tard, lors d’une visite au Japon, le roi George V d’Angleterre se faisait tatouer un grand dragon sur le bras.
Il faut dire que le tatouage était en quelque sorte héréditaire dans la famille royale. Le père du roi en question affichait lui-même, à la manière des Croisés, le tatouage d’une croix de Jérusalem, souvenir d’un voyage en Terre Sainte.
Peut-être une soupape d’exotisme ou d’excentricité pour de jeunes privilégiés portant sur leurs épaules des destins autrement codifiés. Pour Bernadotte en tout cas, son  » mort au roi  » tatoué, parmi d’autres symboles jacobins, ne l’aura pas empêché de devenir Charles XIV de Suède.Ça tatoue sec sur toute la planète !
Les tatoueurs font parfois le tour du monde pour perfectionner leur art et s’instruire de celui des autres cultures. De convention en convention, ils exhibent leurs techniques traditionnelles cueillies aux quatre coins du monde. Chacun développant son propre style, sa propre empreinte. Il n’est pas rare que ces événements abritent d’autres démonstrations culturelles, telles que des danses traditionnelles ou des exposés sur les origines du tatouage. Il existe une distinction fondamentale entre le tatouage tribal et le tatouage contemporain. Avec l’avènement d’une société qui prône le choix personnel, le tatouage n’a plus besoin de représenter qui l’on est, mais qui l’on voudrait être. En ce sens, il est devenu porteur d’un certain idéalisme. Le tatouage n’exclut plus : être tatoué ne permet aujourd’hui rien d’autre que de se différencier de celui qui ne l’est pas, et d’entrer dans le clan mondial des tatoués. Des îles Samoa à New York, en passant par Paris ou Goa, le tatouage, comme l’art, s’est désormais transmuté en langage interculturel.

Un peu de technique
La pratique du tatouage a bien changé, même si elle consiste toujours essentiellement à introduire des pigments colorés sous l’épiderme. Pour perforer la peau, les tatoueurs se servaient autrefois de fragments d’os, de coquillages, d’ivoire ou de dents. Jusqu’au jour où O’Reilly inventa la machine à tatouer (1891). Faute de pouvoir se procurer la machine, certains se sont servis de rasoirs électriques, ou même de moteurs à oxygène pour aquariums, munis d’aiguilles.
Les pigments utilisés jadis provenaient du charbon, de substances organiques ou végétales mélangées à de l’alcool, de l’eau, du sang ou des sucs végétaux.
Les précautions hygiéniques surtout ont profondément altéré la manière de tatouer. Pour se prémunir contre le sida et l’hépatite B, rien ne vaut un outillage dûment stérilisé et une bonne paire de gants. Ces derniers temps, un débat sévit en Europe concernant les encres que l’on emploie aujourd’hui pour le tatouage : certaines ne seraient pas stériles, d’autres pourraient causer des allergies. Raison de plus de bien  » faire gaffe à sa peau « .