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L’histoire du tatouage (tatoo) est très difficile à retracer, car même s’il s’agit d’une pratique ancestrale, on ne peut pas encore la situer avec exactitude dans le temps.

DIREZUMI : Corps Fiction

Les premiers tatouages arrivèrent à l’ouest sur les bars des marins de Polynésie et le mot même de « tatouage » vient du mot tahitien Tatau, qui imite le bruit que fait le petit marteau de bois quand il frappe sur les petites aiguilles que l’on enfonce sous la peau !
Vous avez dit… Irezumi ?
D’après la dynastie Chinoise Wei, les habitants de l’archipel utilisaient déjà le tatouage il y a 1 200 ans pour identifier les tribus et pour des raisons religieuses. Les Aïnou, premiers habitants du Japon, utilisaient les tatouages pour que les esprits ne puissent pas pénétrer le corps humain. Le tatouage traditionnel Japonais, cet art suprême, a une histoire qui peut être tracée jusqu’à il y a 300 ans, c’est à dire, le milieu de l’ère Edo (Tojyo). À cette époque, les prisonniers étaient tatoués, en fonction de leurs crimes à des fins d’identification. Quand ces prisonniers retrouvaient la liberté, ils cherchaient les services de spécialistes, Irezumi-Shi, pour se faire tatouer des fleurs ou d’autres motifs qui cacheraient le tatouage initial de la prison. Avec le temps, des motifs beaucoup plus élaborés sont apparus, tel que le tatouage intégral du corps. Le tatouage est alors devenu un art à part entière. Malgré tout, ces tatoués et ces tatoueurs étaient à cette époque-là considérés comme des bandits ou des Yakuza. Ce n’est que récemment, grâce à un échange culturel avec l’art du tatouage occidental, que le tatouage japonais a reçu ses lettres de noblesse et est devenu un véritable art.
Il est indéniable que l’influence de l’occident a rendu le tatouage à la mode ces dernières années. Aujourd’hui, on peut voir des enfants et des femmes avec toutes sortes de tatouages.
Ceci étant le reflet d’une tendance à la modification du corps… Mais ces tatouages sont occidentaux, faits à la machine, et peuvent être fait en quelques heures. Là est la grande différence avec le tatouage artistique japonais, les intégraux, par exemple, qui peuvent prendre jusqu’à cinq années de travail.
Une anecdote. À l’époque d’Edo, de nombreux pompiers étaient tatoués. Ces tatouages étaient censés les protéger. Leur travail était particulièrement dangereux car ils montaient sur le toit des maisons pour localiser les incendies. Ils devaient être très courageux et les tatouages étaient supposés élever leur esprit.
Le tatouage traditionnel japonais est entièrement fait à la main. Cependant, avec le contact des artistes occidentaux, on commence depuis peu à utiliser des machines pour dessiner les grandes lignes du dessin, Sujibori. Ces machines permettent un travail plus rapide et des lignes plus douces impossibles à réaliser à la main. Pour le reste, c’est-à-dire la coloration, on continue à la faire manuellement. C’est la raison pour laquelle, certains travaux prennent plusieurs années.
Le Maître Horitoshi, par exemple, est de Sapporo, Hokkaido. Il avait quinze ans quand il est venu à Tokyo pour la première fois. La plupart des gens autour de lui était tatoués, raconte-t-il, et il a eu ses propres tatouages très jeune. Il a commencé à étudier cet art à vingt-et-un ans tout seul. Un de ses amis, qui avait commencé l’irezumi deux ans avant lui aurait été une bonne source d’information. Il a quand même mis dix ans avant de s’accepter en tant que artiste de l’Irezumi. Et encore quelques années de plus avant de vraiment maîtriser cet art. Son fils Horitoshi II a ouvert son officine, et en ce moment, le père compte dix-sep élèves. Les jeunes d’aujourd’hui peuvent acquérir la technique beaucoup plus vite que lui, qui aura dû faire des essais et des erreurs, souvent sur sa propre peau avec de nouvelles techniques et de nouveaux pigments. Avec ses amis, il faisaient des tests les uns sur les autres avec beaucoup d’erreurs. Horitoshi relate qu’il a du tout faire loi-même : trouver les bons types d’aiguilles, l’encre noire, mélanger les bonnes couleurs, sélectionner les dessins. Aujourd’hui les apprentis n’ont plus à s’occuper de ça. Ils doivent seulement le regarder travailler. Pour la sélection des élèves, il n’y a pas d’examen particulier : c’est l’oeil du maître qui compte. Il n’y a aucun intérêt à accepter un apprenti qui partira avant la fin de son apprentissage. Sur dix élèves, dit Horitoshi, il y en a quand même un qui arrête dans les trois premières années.
Les Deshi, « élèves », ne viennent que deux ou trois fois par semaine certains jours à des heures précises.
Pendant les trois premiers mois, ils doivent apprendre les bonnes manières et l’étiquette. Si je leur demande de faire le ménage, ils doivent faire le ménage. Ils doivent faire tout ce que je leur demande. Ensuite je leur enseigne la stérilisation. Après six mois, ils peuvent commencer à tatouer sous ma direction. Ils continuent comme ça pendant trois ans. Ceux qui n’ont pas atteint la perfection en trois ans peuvent rester pendant deux années supplémentaires. Avant je ne les laissais pas tenir une aiguille pendant les trois premières années. Je ne leur enseignais que les manières et l’étiquette. Maintenant, ils peuvent se tatouer les uns les autres au bout de six mois. Ils ont une vie beaucoup plus agréable maintenant, sauf qu’ils doivent rester ici pendant des heures… Avec le client, cela se passe de la façon suivante. Il y a d’abord une première rencontre pendant laquelle je leur montre des exemples de dessin. Il y a souvent une mauvaise perception du temps que peut prendre un tatouage. Quelques jours ou quelques heures. En fait, quelques centimètres carrés fait à la main représentent une heure de travail et de douleur… Ensuite il y a les clients qui pensent avoir un tatouage intégral en un an seulement, alors qu’en réalité cela prendra cinq ans…. En ce moment, j’ai trois clients qui viennent trois fois par semaine et d’autres qui viennent moins fréquemment. Selon ma forme physique, je travaille soixante à quatre-vingt dix minutes sur un client. J’ai beaucoup de clients, donc je ne peux pas rester trop longtemps sur chacun. Aujourd’hui, par exemple je suis resté quatre-vingt dix minutes sur un client et deux heures trente sur un autre. J’ai en moyenne quatre clients par jour avec quatre-vingt dix minutes de travail par client. C’est à dire six à sept heures de travail par jour. Cependant certains clients nécessitent des séances plus longues de deux ou trois heures, mais j’essaye d’éviter cela. À la fin d’un tel marathon, je suis moins concentré et je ne suis pas satisfait de mon travail… Beaucoup, environ 80%. arrêtent avant la fin du tatouage. Il faut beaucoup de caractère pour endurer la douleur jusqu’à la fin.
Après quelques séances, je sais si le client sera assez fort pour rester jusqu’à la fin. Et puis, si un client ne supporte pas la douleur, je ne peux pas travailler correctement. C’est très difficile pour moi si une personne crie ou bouge en permanence… C’est vraiment douloureux, vous savez !…Une autre raison qui fait que mes clients ne reviennent pas est qu’ils déménagent. Dans ce cas ils doivent rechercher un autre « Hori-shi » dans une autre ville. En fait certains tatouages de mes clients ont été commencés ailleurs par un autre « hori-shi »…
Maître Horitoshi utilise, suivant le type de travail et de la partie du corps concernée, entre 5, 6 et 35, 36 aiguilles. C’est un travail très fatigant. Assis sur le sol, en Seiza, pendant des heures, fatigue les genoux. Le fait de piquer avec les aiguilles durcit les épaules également, et le poignet est sujet à des inflammations. On peut imaghiner la difficulté qu’il y a à dessiner sur un support vivant en trois dimensions ! L’Irezumi demande une concentration totale. La moindre erreur ne peut être acceptée. Un maître de niveau n’a pas droit à l’erreur. Certains artistes posent un papier sur la peau pour faire le dessin. La première tâche, en fait, est le dessin dans ses grandes lignes. Les couleurs suivent naturellement. Les artistes qui travaillent à l’huile peuvent éventuellement modifier leurs peintures sans perte de qualité. Mais une fois que l’encre est sous la peau, il n’y a pas de retour possible. Pour l’écriture, les Japonais utilisent toujours la même encre ; l’encre noire n’a pas changé depuis 300 ans. Ce sont les méthodes de désinfection qui ont changé radicalement. À l’époque d’Edo, on utilisait l’alcool. Puis pendant l’ère Meiji, on a bouilli. Maintenant on utilise les mêmes procédés de stérilisation que dans les hôpitaux.
De nombreux dessins sont basés sur l’histoire du Japon ou sur la mythologie. Tout est fait pour que les jeunes japonais se souviennent et apprécient les dessins japonais traditionnels et veillent à ne pas les mélanger avec des éléments occidentaux. Quant aux couleurs aujourd’hui, la plupart des pigments sont importés. Il y a peut-être des pigments japonais, mais cela prendrait beaucoup de temps avant de pouvoir les utiliser sur les clients, car il faudrait les essayer sur sa propre peau pour voir si la couleur passe avec le temps. Il faut bien un an pour tester une couleur.
Maître Horitoshi confie qu’il a des relations privilégiées avec certains de ses clients : Il y a un groupe qui s’appelle Horitoshi-mutsumi. Des clients que j’ai tatoués. Nous avons une réunion annuelle. Bien sûr, tous ne peuvent venir en même temps. Sur cent clients, vingt à trente seulement peuvent se déplacer.

Les dessins
On ne peut parler d’Irezumi sans citer Utagawa Kuniyoshi et ses Tsuzoku Suikoden Gôketsu Hyakuhachinin (108 Héros du Suikoden). Ces dessins constituent la plus grande quantité des tatouages intégraux et souvent copiés, en tout ou en partie. Non seulement par les Yakusa. Dans plusieurs pièces Kabuki, dont « La princesse rouge d’Edo », les rôles titres sont tatoués et quand les masques forment le background à de grands tatouages, le dessin central est souvent emprunté à une histoire Kabuki. Benten Kôzô est un dessin particulièrement populaire : c’est un bandit qui se déguise souvent en femme. Et quand il est pris, il retire ses vêtement et se révèle ainsi un homme lourdement tatoué.
Ces tatouages Irezumi (Suikoden et Kabuki) ne sont pas les seuls, d’autres existent : figures mythiques, créatures et histoires étranges. Dragons, Koï, carpes, dieux, tous ont leur signification, tout comme, le ciel bleu, le cerisiers roses, les feuilles d’érable et les vagues qui constituent les fonds de ces décorations étonnantes.
Le Dragon représente indubitablement pour l’occident la bête mythologique la plus célèbre du bestiaire japonais. Symbole de richesse, et tient sa force de toutes les autres créatures : c’est un serpent à cornes de cerf, écailles de carpe, serres d’aigle, nez de cheval, avec moustaches et favoris qui accompagnent les flammes de ses épaules et de ses hanches. Sa nature d’amphibie, on considère qu’il protège du feu. C’est pourquoi les pompiers d’Edo en avaient fait leur mascotte !
La Koï, carpe, appartient aussi aux favoris ! On la représente souvent nageant à contre courant. Elle est peut-être le symbole le plus fort du courage. Une antique légende chinoise soutient qu’arrivée au plus haut de la cascade qu’elle remonte, elle se transforme en dragon ! L’autre trait, c’est qu’une fois prise, elle attend son destin, sans broncher, sur la planche à découper !
Enfin, il y a les divinités. Fudô, le gardien de l’enfer, le regard terrible, entouré de flammes, à la main une épée pour frapper ses ennemis et une corde pour les entraver. C’est le préféré des jeunes gens : c’est une force pour le bien, et il symbolise le code moral des Suikoden et des Yakusa. Un autre tatouage religieux est celui de la prière Nam Myoho Renge Kyo (Salut au Sutra du Lotus de la Bonne Loi). Il vient de la secte fanatique Nichiren du Bouddhisme fondée en 1253, dont les six millions de fidèles d’aujourd’hui sont toujours accrocs de chants et de tambours. Leur croyance est qu’une simple répétition de cette simple prière leur assurera la renaissance dans le Nirvana et le Grand Rien
Comme les gens espèrent souvent acquérir les qualités de leurs tatouages, il n’est pas surprenant qu’avec les héros du Suikoden, d’autres héros traditionnels soient aussi populaires. l’un des plus célèbres est celui de Kintarô, connu aussi sous le nom de Koitarô. Cette sorte de superboy a des pouvoirs de force et de persévérance : on le représente habituellement avec les cheveux roux et combattant une carpe géante. Cette légende est centrale au cours du festival des garçons du 5 Mars, preuve que la notion de courage et de virilité entre dans le sens du tatouage.
Les notions de Yin et de Yang dans l’esthétique du tatouage japonais tient une part essentielle dans les dessins, et les Horishi, « Maîtres Japonais », sont fiers de leur habileté à en présenter une figure d’équilibre. C’est pourquoi le fond est toujours extraordinaire dans la plupart des Irezumi. Quand le feu est le motif principal, on trouvera rivières et vagues dans le fond ; on voit aussi nuages, éclairs et tonnerres, et jolis coquelicots pour contrebalancer la férocité et des feuilles d’érable pour symboliser le Japon.
Peut-être, certainement même, le fond le plus recherché reste quand même le Sakura, « les cerisiers en fleurs », qui éclatent au début du printemps et dont les fleurs meurent en trois jours. Cette brièveté représente la précarité de la vie d’un guerrier et ce motif est souvent tatoué sur le Yakusa et les hommes qui mènent une existence dangereuse et veulent montrer qu’il acceptent leur destinée.
Les couleurs de l’Irezumi japonais sont traditionnellement des verts, des rouges, des pourpres et des noirs d’encre sumi. Les encres sont aujourd’hui achetées dans les magasins ad hoc ; traditionnellement l’encre rouge était faite de cadmium et on dit qu’elle entraînait une telle souffrance qu’on ne pouvait tatouer qu’un pouce ou deux avant que la douleur ne devienne intolérable et il s’en suivait généralement fièvre et faiblesse.
Une fois le dessin du tatouage terminé et les bordures fixes, l’Horishi signe son nom professionnel. Habituellement, dans un cartouche laissé libre sous le bras ou sur la cuisse. Cependant, un authentique Irezumi japonais n’est jamais achevé. Quelque part, il restera toujours un petit bout de tatouage incomplet car c’est seulement de cette façon que l’on peut indiquer la promesse de l’inspiration originale et de l’idéal de la perfection.
Le symbolisme des nombreux dessins et les différentes variations de yin et de yang, sans compter les nombreuses techniques d’ombres et des dessins de bordures sont extensifs. Des années de tradition, de réflexion et d’étude ont conduit à ce système de dessins complexes et polyvalent que l’on voit dans l’Irezumi moderne. Il n’est vraiment pas étonnant que les Horishi se sentent rabaissés quand les gens demandent un petit tatouage sans signification et on n’est pas surpris qu’ils conservent secrètes leurs méthodes et leur planches de dessins. C’est pourquoi les maîtres ne communiquent pas entre eux et que la localisation des studios demeure mystérieuse jusqu’à ce qu’un engagement soit pris.

Motivations
Clairement dit, les motivations de se faire tatouer quand on est Yakusa, sont d’ordre spécifique :
Rite d’initiation pour entrer dans cet « ordre » ;
Preuve de persévérance et de virilité (à travers ce processus douloureux ! ) ;
L’irréversibilté de cet enagement dans le monde Yakusa ;
Le port sur son propre corps (et avec orgueil) la marque de l’ordre. Être prêt à montrer le signe de son appartenance ;
On peut y ajouter (Joy Hendry) l’idée de renforcer son apparence psychologique et/ou spirirituelle : un engagement à vie.
Chez les non Yakusa : C’est un rite de passage à l’âge d’homme, pour ne plus être un Shonbenkusai, « i>un pisseur, un qui pue la pisse » ;
Ou bien la décison d’appartenir au Nakama, à une communauté, celle des tatoués, et de n’être plus « seul »dans la grande ville… ;
Ou bien encore pour des motifs nationalistes, et sengager avec les traditions du Japon éternel ;
Et même des motifs religieux avec le tatouage du Nam Myôhô Renge Kyô, avec sur la tête le fameux « Ohm » talismanique.

Iconographie
Tous les tatouages renvoient à une signification. Habituellement les symboles représentent des qualités (le bien ou le mal), soit acquises soit désirées. En Occident, par exemple, l’une des images les plus populaires a été l’aigle, à cause de ses qualités de courage et de noblesse… Une autre est celle du coeur, symbole de fidélité, d’honêteté, etc. Au Japon aussi, le tatouage symbolise ces types de qualités. Le tatouage japonais classique se limite aux diverses faunes et flores, aux motifs religieux et à la représentation des héros et de personnages populaires.
Pour la flore, on rencontre :
Le coquelicot : pour symboliser santé et bonne fortune ;
Le chrysanthème : fermeté et détermination (les deux ayant une origine chinoise) ;
Le cerisier : contingence et évanescence de la vie (les Samourai adoptèrent le cerisier comme enseigne personnelle, indiquant qu’ils peuvent mourir à la guerre le jour suivant).
Pour la faune, voici :
Le lion : le gardien (cf. le chien des temples chinois) ;
Le tigre : vient de la tradition des Héros Suikoden ;
La carpe : l’une nageant dans le courant, l’autre à contre courant.

La beauté cicatrice
Nabanita Dutt nous dit que : l’Irezumi n’est pas seulement un art du Japon ancien. C’est aussi « a way of life », un art de vivre. L’atmosphère de serre d’un pays, scellé contre les influences externes pendant des siècles, a permis à l’Irezumi de se développer d’une façon unique, qui peut sembler à la fois bizarre et fascinante au monde extérieur.
S’embarquer pour l’aventure de l’Irezumi est une affaire sérieuse et exige une bonne préparation. Le travail est exécuté par des experts, les horishi. Dans le Japon d’aujourd’hui, on en connaît à peine une centaine. Ce sont des « Maîtres, Senseï, et en effet, ils sont les Maîtres de toute la cérémonie qui accompagne le processus.
Il ne suffit pas de se rendre dans l’officine d’un Horishi et de demander un tatouage ! Il faut trouver la « voie », le chemin jusqu’à lui, par vos propres moyens, et obtenir une première entrevue, au cours de laquelle le maître vous étudiera et considérera si vous êtes ou non digne d’« entrer » en « Irezumi » !

Juste une évocation…
Ceci se passait en un temps où les gens possédaient encore la vertu précieuse de, comme on dit, « faire des folies », nous rapporte une chronique. C’était à qui serait le plus beau. Tous en venaient à se faire instiller l’encre du tatouage dans ce corps qui pourtant est un don du Ciel, et somptueuses, voire puissamment odoriférantes, lignes et couleurs dansaient alors sur la peau des gens. Pour se rendre aux quartiers galants par la « piste dite aux chevaux », les visiteurs en palanquin choisissaient les porteurs les plus richement tatoués, et c’est pour les hommes à beaux tatouages que les belles de Yoshiwara, de Tatsumi avaient le coup de foudre. Il va sans dire que piliers de tripots et sapeurs-pompiers se faisaient tatouer, mais aussi les bourgeois et, plus rarement, les Samouraï. Aux concours de tatouages qui, de temps à autre, se tenaient à Ryôgoku, les participants, tapotant chacun son épiderme, échangeaient leurs critiques, exaltaient l’originalité du motif de leur invention…
… Un jeune tatoueur du nom de Seikichi était orfèvre en la matière. Célébré comme étant au moins aussi habile que Charibun d’Asakusa, que Yappei et Konkonjirô de la rue de Matsushima, que d’autres encore, c’est par dizaines que les clients déployaient le satin vierge de leur épiderme sous la pointe de ses aiguilles. La plupart des tatouages les plus hautement prisés lors des concours étaient des oeuvres de sa main. Si Darumakin passait pour le spécialiste des tons dégradés, si de Karakusagonta on portait aux nues les tatouages au cinabre, Seikichi les surpassait encore en réputation par ses singulières compositions et la souplesse voluptueuse de ses tracés. D’abord fanatique de l’école de Toyokuni et de Kunisada, il avait vécu de sa production d’estampes. Déchu au rang de tatoueur, il avait néanmoins conservé de l’artiste d’autrefois la conscience scrupuleuse et l’aiguë sensibilité. Faute d’une ossature et d’une peau capables de le séduire, vous perdiez votre temps à vouloir acheter son concours ; et si par hasard il consentait, il fallait lui donner carte blanche pour le choix de la composition comme pour le prix ; et subir de plus un mois, deux mois durant, l’insupportable supplice de ses aiguilles…
Quand la pointe des aiguilles pénètre les tissus, la plupart des hommes gémissent de douleur, incapables d’endurer plus longtemps le martyre des chairs tuméfiées, cramoisies, gorgées de sang ; et plus déchirantes sont les plaintes, plus vive est l’indicible jouissance qu’étrangement l’on éprouve. »

Les techniques
Deux techniques sont réputées particulièrement douloureuses : le « duveteux », Hanebori et le « dégradé », Bokoshibori, tatouage au cinabre et tatouage à coloris dégradés, très douloureuses toutes deux, surtout quand on peint du rouge de cinabre, du jaune et du vert. Quand, dans une seule journée, après avoir en moyenne subi la perforation de cinq à six cents aiguilles, on ressort du bain chaud destiné à aviver les couleurs, c’est pour s’abattre à moitié mort, un bon moment…
Le tatoueur s’apprête alors à parer des couleurs de son amour l’épiderme virginal de la beauté humaine. Bientôt, serrant son pinceau entre pouce, annulaire et petit doigt de la main gauche, il en appliquera la pointe sur le dos de la « victime » et là, de la main droite, enfoncera son aiguille. Fondue dans l’encre de Chine, l’âme du tatoueur entre dans les tissus. Chaque goutte, instillée de cinabre des Ryûkyû dilué dans l’alcool de riz, est comme une goutte de sa propre vie ; il ne peut y voir que la couleur même des émois de son âme. Chaque instillation d’encre lui coûte un effort infini ; chaque mouvement pour enfoncer et retirer l’aiguille lui arrache un profond soupir, comme s’il perçait son propre coeur. Et quand il achève son travail, il se sent dans l’âme un vide immense. C’est sa propre vie qu’il donne ! Il débarrasse l’homme « gravé », de sa pusillanimité ! Sa prunelle étincelle alors comme une lame d’épée ; et un chant de triomphe emplit ses oreilles.
Le tatouage est une greffe de l’art sur le corps humain, à la fois une « abstrahisation » du réel et une déification de l’humain. Ainsi le Kumadori, « maquillage » du Kabuki rejoint le Kagami, « le masque », du Nô et l’Irezuni, « le tatouage », de cette virilité « nue/habillée » du Samouraï d’Edo.
Le maquillage total du Butô rattache encore le corps à la primitivité tout en l’inscrivant totalement dans la modernité. Cette forme théâtrale qualifiée de post-Hiroshima défie pourtant l’esthétique conventionnelle et remet en question les principes de la société. Elle explore l’érotisme et la violence, l’agonie et l’extase, le féminin et le masculin, mais comme dans le théâtre traditionnel, elle nie le corps naturel pour exprimer mieux encore le corps absent ou recomposé. Ici le geste convulsif remplace la lenteur convenue du Nô ; parfois les figures sculpturales des danseurs s’apparentent aux costumes du Nô ou aux poses figées du Kabuki. Lorsque le corps est présenté délibérément nu, il se couvre du blanc de l’absence ou des cendres du souvenir nous dit Dominique Buisson, p 91.
De même l’Irezuni des Yakusa d’aujourd’hui peut être considéré comme une peau de brocart, un Kimono de chair et de sang, une oeuvre vivante en mouvement, un pagne comme le Fundoshi des Samouraï : une gravure sur chair.
Au temps d’Edo, on s’inspirait des images Ukiyo-e de Kuniyoshi, aux tatouages rituels et douloureux qui empruntaient aux dessins basés sur le folklore, comme les Ryus, « dragons », Orochi « serpents géants », et Shishi, « lions des neiges chinois », et aussi les figures religieuses comme les différents Bouddhas (Fudomyo, la divinité Acalantha ; Fujin et Rajin, les dieux du vent et des éclairs ; et Kannon, le Bodhisattva de la compassion, Avalokitésvara et on utilisait des aiguilles très pointues pour instiller dans la peau, de l’encre de charbon, appelé Sumi.
Le tatouage peut être considéré comme un moyen de décoration créé par un procédé agissant sur le corps humain, un procédé qui laisse une marque indélébile sur la peau. La souffrance qu’elle occasionne est franchement intolérable : pourtant cela ne fait rien aux intéressés. Le tatouage peut témoigner de sa foi religieuse, servir d’auto affirmation, valoir comme symbole de pouvoir ou de puissance, ou encore d’érotisme ou de séduction. Le tatouage s’est développé en un monde artistique qui transcende une décoration purement physique, une activité qui représente une violation du corps humain, créé par Dieu et la nature, une activité au potentiel d’une infinie combinaison de lumière et d’ombre…

Vincent-Paul Toccoli.